2011
LE JOUR OU CHARLES PERRAULT RETROUVA JEAN DE LA FONTAINE (Jean-Paul Cathala)
J’avais déjà brodé sur un canevas de Perrault : “La Belle au Bois Dort-elle ?”. La Fontaine, lui, est au sommet des génies de la langue et je ne me lasserai jamais de le lire et de le relire et de le dire pour mon unique plaisir. Seul dans un bois ou une rue la nuit. Cela rassure qu’il ait pu y avoir un jour un être ainsi fait.  Capable de dévider pareilles lanières de mots. Ces deux-là : Perrault et Fontaine s’étaient-ils réellement brouillés à cause de cette ridicule histoire des anciens et des modernes ou les raisons en étaient-elles plus profondes ? Comme toujours je me documente copieusement, puis le texte vient tout seul, comme à l’évidence. Je le lis à mes camarades, mais je doute. Faut-il monter cela ? N’est-ce pas un peu complaisant ? À l’endroit des enseignants je veux dire. Et puis les jeunes vont-ils s’intéresser à ces querelles d’écrivains qui ergotent sur la modernisation de l’orthographe ? Philippe, comme toujours laisse le texte résonner en lui puis soudain il lâche : « Il faut le faire. C’est politique ». Nous nous mettons au travail. Nicolas louvoie, hésite, tourne comme une mouche autour du Fontaine enfantin et savant que campe Philippe. Ces deux acteurs, habitués à jouer ensemble, se ping-ponguent les répliques avec un plaisir évident. J’ai l’idée fort naïve de peinturlurer un décor-livre qui en s’ouvrant dévoile les deux univers antagonistes de nos deux personnages : un château de contes de fées en carton-pâte pour l’un, une forêt de tapisserie d’Aubusson pour l’autre. En fait, ces toiles s’inspirant d’images d’Épinal. Des marionnettes, des masques en bois, les superbes costumes de Laure… Et cela se finit sur une tarentelle endiablée (vous savez, cette musique qui paraît-il guérit les folies, les marginaux, enfin c’est ce qui se dit à Naples) Ce spectacle rencontre un succès étonnant (je m’en étonne je veux dire) tant auprès du tout public qu’auprès des jeunes spectateurs d’âges mêlés. Nous revenons de le jouer dans un Festival en Italie invités par nos amis Augusta et Sandro Cianci. Je crois que cette pièce restera longtemps à notre répertoire.
DISTRIBUTION : La Fontaine : Philippe Audibert / Perrault : Nicolas Marty Décor : Jean-Paul Cathala Costumes : Laure Vézia