GEORGES DANDIN (Molière)
Le hasard, toujours lui, nous avait fait rencontrer une troupe toulousaine animée par Christiane et Jacques Alonso. Ils jouaient, avec Danielle Catala, une pièce de Jacques Kraemer que j’avais croisé au Théâtre Populaire de Loraine : “Les Immigrés”. Très vite nous nous accordons et décidons de tenter un “Georges Dandin”. Entre temps, René Trusses nous met en contact avec l’orchestre départemental ayant à sa tête un certain monsieur Berlioz, ce qui, convenez-en, représente une certaine garantie. Trêve de sourire, ce monsieur, enthousiaste et charmant, se propose de dégotter la partition de Lully. Tandis que nous bataillons avec le texte de Molière, l’orchestre déchiffre Lully. Attention, à cette époque les baroques étaient considérés comme des sous compositeurs et Lully carrément méprisé. Pouah, un Italien à Versailles ! France- Musique entre autres ne jurait que par la musique allemande très lourdement                          « romantique » ! Marc Peyret invente un décor qui tient compte (n’oubliez pas, Marc est avant tout musicien) de cet apport Lully. Le rideau de scène, en particulier, est une vaste toile de Poussin. Jacques Alonso fait merveille dans le rôle-titre. Roublard, même retors, il a les naïvetés du Dandin. Michel Coulet bien dans la tradition, campe une Madame de Sotenville particulièrement égocentrique et stupide de prétention qui manipule son époux comme avec des fils pour marionnettes. Au finish un spectacle de très belle tenue qui enchante le public. Après tout, même au Français, ils n’ont pas pareil orchestre à leur disposition.
DISTRIBUTION : Georges Dandin : Jacques Alonso / Angélique : Christiane Alonso / Monsieur de Sotenville : Jean-Michel Ropers / Madame de Sotenville : Michel Coulet / Clitandre : Claude Polycarpe / Lubin : Jean-Pierre Rigaud / Claudine : Lisbeth Bernadou / Une Paysanne : Myriam Vialle
RIMBAUD (Montage avec le groupe "Image")
Les amis du groupe « Images » ont dégotté à deux pas de Tarbes, une immense ferme pas trop en ruine où ils peuvent répéter sans déranger personne. Cette résidence a pour nom Gardère. Cela se situe non loin d’un village, Séron, qui va rameuter toute la presse nationale et internationale, car le  « diable » s’y manifeste très ponctuellement ! C’est là que va naître notre second grand projet : Rimbaud. Jean-Pierre Rigaud se joint au groupe apportant flûtes et saxos. Le travail va se révéler plus complexe que pour le Hugo. Il n’y a pas de sujet à traiter. Seuls les poèmes sont devant nous comme autant d’énigmes et cela ne se met pas en musique ni ne se laisse illustrer. Et cela se défend de toute complaisance. Nous mettrons longtemps avant d’oser le présenter au public. Sur scène il y aura un échafaudage où navigueront les musiciens, dans les cintres des motos bougeront lentement (les voyages sans trêve d’Arthur). Des objets repères meubleront la scène : un frigo ouvert, un mannequin d’enfant, etc… Enfin, en toile de fond, d’immenses portraits répétitifs de Rimbaud peints par Marc Peyret. Quand nous le jouerons à Palente, comme je sortais de scène plutôt grogui, une dame, professeur de lettres en fac de Besançon se jette sur moi toutes griffes dehors en criant : « Vous m’avez volé mon Rimbaud » ! Je ne savais pas qu’Arthur avait appartenu à une dame de Besançon ! Sacré Arthur ! Jacques Livchine, lui aussi invité avec sa facétieuse « Périchole » allait par les couloirs du même théâtre où nous avions joué et chantant sur un des airs de son spectacle : « Il grandira, il grandira, car j’ai volé son Offenbach, bach, bach…»
Guitares : André Dion Claviers : Marc Peyret Vents : Jean-Pierre Rigaud Percussions : Jean-Michel Ropers Voix : Jean-Paul Cathala
Ici, je me permets une incise ou une petite dérive du temps comme il vous plaira.  Tandis que je flânais par les sentes du web, il y a quelques jours, je découvre justement cette phrase de Livchine qui se trouve actuellement en tournée en Amérique du Sud : Valparaiso 6 Octobre 2013. Philippe Fenwick a été retoqué au TGP de Saint Denis, il me fait lire sa lettre de candidature : public, théâtre vivant, populaire, et je lui demande de quoi il s’étonne, il fallait écrire pour être admis : lieu de création pointue, fin de l’utopie vilarienne, artistes associés, Pommerat, Novarina, colloque international sur la traduction, culture cultivée pour vrais connaisseurs, pas de démagogie quartier, pas de théâtre sociologique, etc… Je prends conscience au Chili à quel point nous aimons jouer pour les gens qui ne mettront jamais un pied au théâtre, il est là notre bonheur, nous sommes vraiment des malades à mille lieues de tous les CDN du monde entier. Je me permets de rappeler, oh innocemment bien sûr, que nous sommes sous régime socialiste !
HALLEM KALLEM (Nazim Hikmet)
À l’occasion de mes rencontres avec Munnever Andac je lui demande si Nazim n’a pas écrit pour les enfants, et elle traduira pour nous un conte d’Hikmet que Abidine illustrera et que nous jouerons abondamment après l’avoir édité : “Le Jeu d’Allem Kallem”. Que les comédiens me pardonnent mais je n’ai aucune trace de ce spectacle. Ainsi va le théâtre ! Ô monde des éphémères rêveries !...
PLUME D'ANGE (Jean-Paul Cathala / Groupe "Image")
Les musiciens du groupe "Images" me demandent un texte. Ils désirent poursuivre l'expérience "Florelle" et “Domino et la Terre Verte”. Ils sont trois. Ils veulent créer une musique haut niveau pour les tout-petits. Ils veulent que leur musique, les mots avec elle, racontent une histoire. Je me souviens un peu de Mooglie. Peut-être de Tarzan ? C’est une simple fable sur la solidarité et la compassion. Je regrette que nous n’ayons pas pu enregistrer ce spectacle. C’était réellement très beau. Les enfants étaient saisis par la vibration des instruments acoustiques mêlés aux mots. Littéralement cela allait dans leur corps. La magie du live.
DISTRIBUTION : André Dion / Marc Peyret / Jean-Michel Ropers. 70 Représentations / 600 spectateurs.
ÈVE S'EN VA (N&B 16 mm de Jean-Paul Cathala et Jean-Pierre Thiébaud)
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Avec Jean-Pierre Thiébaud, suivant quelques conversations exaltées, nous avions décidé de tenter un 16 mm, format qu’il affectionnait particulièrement. Je lui propose un sujet et nous nous mettons au travail. Voici en quelques mots le scénario : une adolescente d’un milieu ouvrier a honte de ses origines, disons qu’elle ne les assume pas. Elle n’a qu’un rapport réduit à quasi rien avec sa famille. Ses rêves sont intégralement centrés sur la consommation : les grandes surfaces, la musique de pacotille, les fringues, etc… Ève, c’est son nom évidemment, finit par fuguer. De rencontres mécaniques avec le système en rencontres superficielles, la nuit vient, elle se retrouve seule sur une route, comme égarée. Surgit un camion qu’elle perçoit comme monstrueux, qui s’arrête, le chauffeur s’avançant vers elle est un bien brave garçon, mais qu’elle perçoit elle, comme dangereux et comme une résurgence du faux prince charmant qu’elle a cru croiser dans ses errements de la journée. Cela devient vite une fantasmagorie terrifiante et cauchemardesque. De fuite en fuite elle finit par se réfugier dans une sorte demansarde qui n’est autre que l’étage de la fabrique où travaille son père. Et là, soudain, elle découvre l’exploitation, les humiliations que subit cet homme taciturne replié sur lui, animé de la simple motivation qu’il doit nourrir sa famille. Le dernier plan nous montre Ève sur le cadre du vélo de son père, souriante, fière et renouant en quelque sorte avec sa famille et sa classe sociale. Fable utopiste, certes, mais dans les comportements du temps. Aujourd’hui nous savons que la consommation a gagné la partie. Il faut dire que ni Jean-Pierre Thiébaud ni moi n’étions dupes, mais le rêve a tous les droits. Les circonstances Tarbaises qui vont suivre nous empêcheront de finir le film. Les images sont là. Nous projetions en fin de course d’écrire une sorte de poème en voix off. Maintenant que Jean-Pierre nous a quittés pour les landes de l’apaisement, je ne sais pas si j’ai le droit d’aboutir ce projet très sérieusement avancé. Nous en avons beaucoup rêvé Jean-Michel Ropers et moi. La distribution sollicitait toute la troupe et au-delà évidemment, avec dans le rôle de Ève (Myriam Vialle), délicieuse de jeunesse capricieuse, tout le contraire de ce qu’elle est dans la vie (je parle des caprices, bien sûr) et qui venait de nous rejoindre.
UN ABUS DE POUVOIR
Si nous voulions garder notre subvention municipale nous devions prendre une administratrice imposée par la mairie. Cette personne s’est tout de suite révélée comme une parfaite manipulatrice. Et voilà que soudain débarque un metteur en scène parisien, ami de la dame, assorti de son petit assistant, et qu’on prétend imposer à la direction artistique de notre coopérative. Trop c’est trop ! Nous décidons de reprendre ce qu’on appelle notre « liberté », c’est-à-dire la précarité.
COUP DE TALON AU FOND DE LA PISCINE
Les amis du groupe « Images » nous ouvrent Gardère, la ferme de tous les replis et de l’amitié vraie. Nous sommes comme dans un burg ruiné qu’il nous faut entièrement rebâtir. Tout ce que nous avions construit et acquis en trois ans est kidnappé par ceux qui ont choisi le camp de la mairie. Pour exemple, les costumes de Dom Juan seront vendus une misère à une boîte de nuit par l’administratrice et ceux qui l’accompagnent. Nous nous retrouvons avec un vieux camion, de vieux projecteurs etc, et sans aucun droit au chômage. Même dans ce domaine les élus ont refusé de broncher. Quand nous en parlons entre nous, nous en sommes encore à nous demander ce qu’on nous reprochait et ce que nous étions allés faire dans cette galère.
1979