Enfin nous pensons que la revue peut sortir son nez. C’est un beau numéro, de belle allure. Un peu sévère peut-être. À part les proches et les amis, personne n’en voudra. De  quoi se jeter dans le premier canal qui se présente. C’est alors que nous croisons je ne sais plus par quelles sentes, des comédiens amateurs qui plus ou moins sont en recherche d’un metteur en scène. Nous assistons à une répétition. Ils sont réellement très bons. Il manque une personne dans la distribution. Au fond de la salle, bras croisés, un homme jeune, aux yeux plus clairs que l’enfance, attend sa compagne qui est en train de répéter. Je lui demande de monter sur le plateau, il refuse. J’insiste… C’est Claude Grimberg. Il deviendra un des meilleurs acteurs de la compagnie. Il est possédé par le théâtre, mais le trac le paralyse jusqu’à vomir. Il fait partie de ces êtres qui ne se sentent réellement être eux-mêmes que sur une scène de théâtre. Entre temps j’avais, dans Paris, rencontré toutes sortes de gens : des peintres, des écrivains, des musiciens, d’autres comédiens, professionnels ceux-là. Nous fomentons des rencontres, le courant passe. Très vite va se dégager du groupe une envie phalangiste. C’est dans l’air du temps, c’est vrai, mais comme l’idée même nous rendait heureux, et allants ! Deux personnages essentiels émergent bien vite : Jacques Tromeur (Trom), ses dessins d’humour très proches du surréalisme nous tordent de rire… et Géraldine Granjon. J’aurai souvent l’occasion de reparler d’elle. J’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi généreux. Nous avions l’impression de nous connaître depuis longtemps et de découvrir peu à peu ce dont nous avions le plus besoin ou rêvé : une communauté sans théorie préalable. Il nous arrivait souvent de dire à propos de tout et de rien : « Voyons, c’est évident ! ». Une comédie, c’est une comédie qu’il faut pour commencer. J’avais vu, en Avignon, en 61, monsieur Galabru dans “Les Rustres”, mis en scène par Roger Mollien si ma mémoire ne hoquette pas trop. Va pour “Les Rustres”.
1966