2005
DANDIN (Molière / Mise en scène Jean-Paul Cathala)
J’aime reprendre des textes. Voir si avec le temps qui passe le point de vue sur une œuvre bouge, évolue. Après tout chacun de nous a ses thèmes de prédilection, ses hantises. Je l’ai déjà dit. Cet univers de paysans aisés dont parle Molière dans sa pièce, cette ambition sociale de cet homme roué et naïf tout à la fois, j’en vois à la pelle autour de moi. Mais, il ne faut surtout pas « moderniser » la pièce, il faut au contraire la laisser dans son jus, dans la rudesse de son écriture et de son temps, ne jamais perdre de vu qu’il s’agit d’une farce cruelle, que Molière a mis là beaucoup de sa vie privée et de sa souffrance. Sinon pas de mise à distance. J’en ai vu de ces représentations de classiques en costumes d’aujourd’hui et pas des moindres. Ça ne marche jamais. Costumier, décorateur, metteur en scène se mettent en avant et les acteurs sont souvent très gênés. Et puis, cette fois, nous voulions faire plaisir à Jean-Pierre Rigaud le fidèle compagnon de toutes les aventures de la compagnie. Bien nous en a pris, car Jean-Pierre a joué tous les paysans de Molière et connaît leur mécanisme par cœur. Il a la ruse naïve, la rouerie calculassière qu’il faut pour ce Dandin. Je parle de son travail d’acteur naturellement et pas de lui, qui est la rectitude et la transparence même. Tiziana di Monte campe une Sotenville insupportable de vanité et, au troisième acte s’enfonce dans une dérive qui annonce le XVIIIème siècle. Christian Marc est un Sotenville Hystérique, effrayant de sottise donc. Ah, mon cher Christian, un vrai grand-petit frère pour moi. Je ne peux pas imaginer que nous ne jouerons plus ensemble !
DISTRIBUTION : Georges Dandin : Jean-Pierre Rigaud / Angélique : Amandine Sagnes / Monsieur de Sotenville : Christian Marc / Madame de Sotenville : Tiziana di Monte / Clitandre : Pierre Margot / Claudine : Isabelle Poulain / Lubin : Nicolas Marty / Colin : Guillaume Bouet Décor : Denis Charrett-Dykes Costumes : Laure Vézia Musique : Rosina de Peyre et Moulinié
L'ART DE LA PRÉHISTOIRE (Jean-Paul Cathala / Documentaire / Théâtre)
Très jeune, déjà, je me passionnais pour la préhistoire. Cela sera une des constantes de ma vie. Dans l’Ariège, les grottes ornées pullulent. Presque chaque année on explore de nouveaux boyaux. Il me souvient qu’étant professeur remplaçant au collège de Tarascon sur Ariège en 1960, nous allions, le jeudi, avec quelques élèves de quatrième (et tout de même conseillés et guidés par Monsieur Romain Robert), explorer de nouvelles voies. Nous avons notamment découvert une très étroite grotte dans laquelle il fallait ramper sur le dos, au plafond couvert de figures du magdalénien, que nous avons immédiatement signalée évidemment aux préhistoriens qui ont pris soigneusement la suite et protégé ce petit sanctuaire. Ce sont mes élèves qui me l’avaient signalée. Eux trois, là, sur la photo. Vous voyez les lampes à acétylène ? Notre documentaire théâtre, après des bases techniques et historiques, se conclue par un court métrage sur Lascaux, que nous bâtissons autour des enfants qui ont fait cette découverte majeure alors que Hitler venait d’envahir la France. C’est l’Abbé Breuil, que j’ai eu l’honneur de croiser, qui a authentifié la découverte me semble-t-il. Le rapprochement des deux évènements (Lascaux et l’invasion barbare) n’est pas fortuit. Le rapprochement entre ce que j’avais vécu avec mes jeunes et Lascaux non plus.
APOLLO 11 (Jean-Paul Cathala / Documentaire Théâtre)
20 juillet 1969 : Armstrong  pose le pied sur la Lune et prononce la phrase qui deviendra bien sûr historique : « That's one small step for a man, one giant leap for mankind. ». Tout le monde alors n’avait pas la télévision, et moi moins que quiconque. C’est dans une vitrine de magasin que j’assiste médusé, incrédule, à l’évènement qui passe en boucle. Comme Jacques Tati dans son film : “Trafic”. Une fois de plus, Jules Verne avait vu juste. Disons avait rêvé juste. L’art en avance sur les sciences, toujours. Le documentaire théâtre s’articule autour des recherches scientifiques et des technologies qui ont permis un pareil exploit... La fusée, avec son module est là, bien entendu, ainsi qu’un court métrage que nous réalisons qui, reprenant les images d’époque en fait une sorte de ballet onirique et cocasse sur la musique de Gustav Holst. Les enfants sont enchantés. Quel est le petit garçon qui n’a pas rêvé d’être cosmonaute ? Une petite fille un jour me dit : « Et moi, j’aurai le droit d’aller sur la lune ? »
LA RÉSISTANCE DANS L'AUDE (Long métrage vidéo de Jean-Paul Cathala avec la classe de CM2 Frédéric Mistral de Lézignan-Corbières)
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Évidemment j’avais entendu parler du maquis de Picaussel qui touchait aussi l’Ariège. Je crois me souvenir, d’ailleurs, qu’un cousin de mon père en avait fait partie. De palabres en palabres, nous décidons, un ami instituteur, René Grauby et moi de tenter un travail avec ses élèves de CM2 sur ce thème. Cela nous prendra toute l’année s’il le faut. René connait un ancien résistant de la première heure et fort actif autour de Picaussel, monsieur Charles Biart, un homme magnifique, et qui sera pour nous la colonne vertébrale de notre film. Car nous décidons que ce sera un film. Il faut donc trouver un financement. De bureaux en antichambres les comédiens de la troupe réussissent à obtenir un financement de l’Europe (AADEL/Leader+), du Conseil Général de l’Aude, et de la Ville de Lézignan Corbières. De plus, ce film sera la participation pédagogique de l’année à la convention qui nous lie à la communauté de communes. Dans un premier temps, documentation sur l’époque, recherches, liens avec les familles de chacun, etc… René est déchaîné. Deuxième temps, projection d’images d’archives. Les enfants écrivent des poèmes sur le ressenti de ces images. Ce sera très beau. Troisième temps, rédaction de questions à poser à Charles Biart puis enregistrement au cours d’une rencontre de ce dernier avec les enfants qui vont lui chanter le chant des partisans. L’émotion est au rendez-vous. Quatrième temps, dans les réponses de Charles Biart il y a des « trous ». Nous les comblerons en écrivant de très courts scénarii où les enfants imaginent ce qu’ils auraient fait dans ces moments-là, comment ils auraient réagi face à tel ou tel évènement, par exemple le message de Pétain dont Charles Biart fait semblant de ne pas se souvenir. Au passage, ils acquièrent quelques termes techniques propres au cinéma : travelling, zoom, champ contre champ, etc… et leur utilité dans le discours cinématographique. Cinquième temps, tournage surtout en nocturne des scénarii. Les parents sont là, sur les lieux de tournage, totalement bluffés par le talent de leur progéniture. Sixième étape, montage. Septième et dernière étape projections, évidemment beaucoup de monde. Charles, les enfants, René Grauby et toute la troupe sont ovationnés. Une copie du film sera offerte à chaque participant. Plus tard René Grauby dira que cette expérience lui a redonné foi dans son métier. Quant à Charles, sa famille a soudain redécouvert qu’il était un véritable héros. Et ça n’est pas rien.