2004
UN HOMME DANS LA GARE (Jean-Paul Cathala / Mise en scène : Pierre Margot)
Philippe Audibert me dit : « Il faudrait quelque chose sur les SDF. Pour les jeunes ». Traduction : « Tu devrais m’écrire une pièce sur ça ». Sujet épineux s’il en fut. Comment ne pas sombrer dans le document, voire le mélo. Le reportage au théâtre, assorti d’une mise en accusation sous-jacente, insidieuse de ceux qui ne sont pas à la rue comme cela se fait couramment à la télévision… C’est alors que je me souviens de Miguel Ángel Estrella. Ce que les fascistes lui ont fait. J’imagine un artiste (comme nous le sommes), victime d’une dictature et qui se retrouve chez nous à la rue, probablement sans papiers, dans le plus grand dénuement et surtout dans la pire des humiliations. Je le situerai dans une gare, où il dort et « vit ». Il faut un interlocuteur, sinon pas de théâtre (le one man show m’ennuie à mourir). Un étudiant en cinéma. Voilà. Ce qui permet la critique des médias et le rôle ambigu du cinéma (un thème qui m’est cher). Cet étudiant est de banlieue ce qui justifie des affrontements avec l’homme déchu. Voilà. Philippe Audibert jouera le SDF. Il a la colère ravalée nécessaire, l’expérience et le point de vue. Et puis ces fulgurances, cette énergie, cette tension qu’il faut au rôle. Nicolas Marty, qui a rejoint la troupe voici peu, est un étudiant vraisemblable et populaire. Il a les étonnements qui conviennent. Je propose à Pierre Margot de faire la mise en scène. Il a le sens de l’épure et de la mise en place des dialogues (la pièce est une sorte de huis clos en extérieur). Et puis il aime les comédiens, leur fragilité. En outre, étant musicien lui-même, il ne peut qu’être sensible au sort de cet autre musicien déchu. Le spectacle aura un très fort succès tant auprès des jeunes étudiants qu’auprès des adultes. La réflexion sur le sens qu’il faut donner aux mots charité, partage, compassion, etc… déclenche des discussions sans fin et très enrichissantes. Nous jouerons à plusieurs reprises pour les restos du cœur, le secours populaire, la croix rouge... Ce qui est toujours source d’émotions et de belles rencontres en générosité. Mais la plus belle des surprises nous l’avons vécue à Lourdes : Monsieur Estrella était dans la salle. Je passe sur les émotions réciproques. Merci de tout cœur aux professeurs qui nous avaient concocté cette surprise. La pièce est encore au répertoire de la compagnie et a dépassé les 150 représentations. Car hélas le problème perdure et s’amplifie. Je ne sais pas si nous cesserons un jour de la proposer.
DISTRIBUTION : Octave : Philippe Audibert / Xavier : Nicolas Marty Mise en scène et musique : Pierre Margot Décor : Denis Charrett-Dykes
LUCY DANS LE CHAMP DES ÉTOILES (Jean-Paul Cathala / Mise en scène : Jean-Pierre Rigaud / Coproduction Théâtre Avant-Quart et Théâtre du Regain / Préface de Yves Coppens / Affiche de Claude Garache)
Jean-Pierre Rigaud et Tiziana di Monte ont créé sur Paris une troupe : Le Théâtre du Regain. Ils me demandent un texte. Je leur propose une réflexion sur nos origines les plus lointaines, donc sur l’Afrique, donc sur Lucy (A l’époque il n’y avait pas eu les récentes découvertes dans ce domaine). Évidemment documentation tous azimuts et la pièce vient sans trop de difficultés car je connais bien les deux comédiens en question et puis ces temps très anciens m’ont toujours passionné. Jean-Pierre fait lire le texte à Yves Coppens qui m’envoie une sorte de lettre/préface que nous inclurons à l’édition du texte. Je dis à Jean-Pierre que Claude Garache serait idéal pour une affiche sur ce thème. Nous rencontrons ce très grand peintre, qui est enchanté par notre proposition. Il va réaliser une sérigraphie dont nous partagerons le tirage qui sera à nos frais. Économie de l’échange. Au final un bien beau travail théâtral qui va permettre à la jeune compagnie de monter une tournée.
Lettre/Préface de Yves Coppens : « II y a du piment (on dit micmita en amharique) dans votre divertissement, Monsieur ! J'adore le piment, je m'en suis donc régalé. On se projette toujours un peu sur les personnages, quand on les aime. J'ai donc été d'abord inquiété par Harrebourg un peu marginal. J'avais peur qu'il ne cesse de cracher sa frustration tout au long de la pièce et puis son naturel distrait et sa belle aventure ont vite effacé cette facette négative. J'aime beaucoup votre journaliste qui a, du métier, au moins un de ses traits essentiels, celui de la ténacité dans la curiosité. Les magiciens m'ont toujours enchanté par leur manière arrogante de bousculer les lois que les sciences ont mis des millénaires à faire tenir debout ; je ne peux donc regarder Éthiopikané autrement qu'avec fascination. Quant à Lucy, moi qui la fréquente depuis bien des années, je l'ai reconnue dans sa fragilité et son audace ; je suis sûr que la scène lui va à merveille. Votre pièce est ainsi pleine de mystère et de fraîcheur comme l'est la science, mais la science est obligée de voler au ras des fleurettes de la réalité ; vous avez, heureux artiste, le privilège de vous élancer jusqu'au-delà du champ des étoiles. Nous avons besoin de vous. »
CHRISTOPHE COLOMB par les yeux de son fils (Jean-Paul Cathala / Documentaire / Théâtre)
Comme pour tout un chacun, Christophe Colomb est incontournable. Après tout, en bien ou en mal, nous n’en finissons pas de découvrir l’Amérique. Seulement, cet intrépide marin, est couvert de légendes pour la plupart sans fondements. On sait qu’il avait eu, avec deux épouses, deux fils, mais on sait moins que le plus jeune de ces garçons est devenu le fondateur de la bibliothèque et de l’université de Séville. Cette bibliothèque, aujourd’hui largement dispersée, regroupait tout ce que le monde intellectuel et scientifique de ces temps-là pouvait compter. Et c’est justement ce fils Colomb qui à force de recherches et de voyages dans toute l’Europe avait su regrouper ces livres et manuscrits tellement précieux. On sait moins aussi, que ce Fernando Colomb fut le premier biographe de son père, mais que cette biographie fut déformée par les éditeurs après la mort de son auteur. Sans détruire l’aura du navigateur, et grâce à Fernando qui magiquement revient parmi nous, nous découvrons le vrai visage de Colomb et de son temps. Et cela bouscule pas mal d’idées reçues recopiées sans vergogne de bouquin en bouquin depuis plusieurs siècles. Ces idées reçues sont émises par un jeune étudiant qui idolâtre Colomb sans regard critique.
DISTRIBUTION : L’étudiant : Nicolas Marty / Fernando Colomb : Philippe Audibert