EDMOND LA VANILLE (Jean-Paul Cathala)
Christophe Montrose, qui a des attaches Martiniquaises, parle souvent de sa difficulté d’être. Pas de racisme, non, il affirme n’avoir jamais été victime de ça. Mais de son malaise à lui. Son malaise existentiel en somme. « Mes ancêtres étaient à coup sûr des esclaves et cela reste en moi. Comme un nœud, tu vois ? » Oui, bien sûr je vois. Je n’oublie jamais être né au Sénégal, avec l’enfance en pleine guerre et une adolescence errante à suivre les emplois successifs de mon père sans pouvoir me faire d’amis. Jamais. Et toutes ces culpabilités plus ou moins concrètes qu’on traîne effectivement comme des esclavages. Nous sommes en 97. L’an suivant célèbrera les 150 ans de l’abolition de l’esclavage. Un soir, ARTE diffuse un court métrage très étrange où il est question d’un jeune réunionnais, Edmond Albius, un enfant orphelin, esclave mais qui a découvert la fécondation artificielle de la vanille. Il a fait l’opulence de l’île mais bien sûr est mort dans la misère. Voilà un sujet pour Christophe. Philippe Audibert et moi nous embarquons pour la Réunion. Pendant tout un mois nous allons fouiller les archives, faire des rencontres superbes. Il faut dire que j’avais pris mes précautions. J’ai un principe, je ne pars jamais à l’étranger sans avoir d’abord pris contact avec des poètes. Je suis sûr ainsi d’éviter les mauvaises rencontres et les faux chemins. Cette fois, c’est Idriss Issop Banian. Il va nous ouvrir toutes les portes et au-delà : poètes, musiciens du maloya (surtout Firmin Viry), directrice des archives, élus de tous poils et une rencontre de poids : Aimé le pêcheur et sa famille tellement pauvres et lumineux, rayonnants du seul bonheur d’être au monde. D’authentiques Réunionnais. Bien entendu nous sillonnons l’île en tous sens pour retrouver les lieux où vécut Edmond. Aux archives, par le plus grand des hasards, Philippe découvre dans une pile de vieux documents le procès de Edmond qu’aucun « spécialiste » n’avait mis au jour. De même son acte de mariage ! Car Edmond a un vécu tout de même. J’écris la pièce dans une sorte de fièvre. Le jour de la première lecture aux comédiens, les yeux brillent. Il y aura plusieurs moutures, plusieurs distributions, plusieurs mises en scène, plusieurs décors même, mais toujours autour de Christophe qui est le véritable initiateur de cette aventure.
2000
Exposition L’Esclavage à la Réunion
DISTRIBUTION : Il y en aura plusieurs, avec des reprises de rôles, mais voici la principale : Edmond : Christophe Montrose / La Sœur : Catherine Depont / Leconte de Lisle,  Sarda Garriga : Antoine Marneur / Le père Leconte, Bellier Beaumont : Noël Camos / La Mère Leconte, Elvire Bellier : Muriel Laval / Le Prologue, Le prisonnier : Pierre Margot / Adèle : Amandine Sagnes Décor : Jean-Baptiste Cleyet Costumes : Laure Vézia Musique : Pierre Margot
NOUVEAU CONCEPT De discussion en discussion avec des enseignants, nous en venons à imaginer un nouveau concept que nous appellerons : DOCUMENTAIRE / THÉÂTRE. Une comédienne ou un comédien voire deux, traitent d’un sujet particulier, mais de façon ludique et avec le secours de tous les moyens du théâtre. Le point de départ peut être historique, scientifique, artistique, ou simplement un personnage célèbre et si possible en partant du regard de l’enfant lui-même. Donc, le fil conducteur peut même être un enfant. Imaginons la découverte de Pasteur racontée par le petit berger qu’il a sauvé. C’est une profusion d’idées qui me viennent immédiatement. La liste des sujets est impressionnante. Naturellement certains nous reprocheront de douter de leur capacité à enseigner telle ou telle chose, alors que notre propos est au contraire d’appuyer cette capacité et d’apporter un regard différent qui ne peut qu’enclencher des dialogues très riches avec les enfants. Par ailleurs, les moyens mis en œuvre sont très élémentaires, ce qui permet une grande souplesse d’exploitation.
PETITE HISTOIRE DU THÉÂTRE (Jean-Paul Cathala / Documentaire Théâtre)
Un cercle de toiles peintes de 7 mètres de diamètre, pouvant accueillir sans difficultés 70 à 80 visiteurs. À l'intérieur du cercle, des panneaux de reproductions, des photos, des masques, des costumes et... un comédien (il y aura plusieurs distributions). Dès le début, ce dernier accueille les visiteurs devant un rideau rouge qui lui-même voile un rideau- miroir qu'il faudra traverser pour accéder au monde imaginaire du théâtre. Cette première émotion passée, tous les moyens sont bons pour esquisser l'histoire du théâtre, de Sophocle à Becket en passant par l’Orient, Shakespeare, la Commedia Del Arte, Molière... Rien de rébarbatif, au contraire. On joue des bouts de pièces par-fois avec les enfants, on projette sur un écran des extraits de célèbres interprétations, et d’autres d’Avant-Quart, on se sert de costumes, de masques... Une sorte d'intervention-exposition interactive qui donne des pistes de connaissances, des envies d'en savoir plus, peut-être un avant-goût du théâtre, sans rien d'appuyé, d'obligé. Une petite partie de plaisir. En fin de parcours, le visiteur est invité à prendre quelques notes, quelques croquis, à poser des questions, à donner ses impressions... Ainsi les enseignants peuvent prévoir cette partie de l'intervention pour s'en servir plus tard dans leur propre travail de classe. Ce Documentaire / Théâtre est parfait pour ouvrir l’esprit des enfants et les rendre curieux du monde du théâtre.
DISTRIBUTION : Guillaume BOUET - Isabelle POULAIN Mais il y aura plusieurs distributions.
MOLIÈRE SUR LA ROUTE (Jean-Paul Cathala / Spectacle école)
Grâce aux emplois jeunes, quatre apprentis comédiens ont rejoint la compagnie. Certes ils ont pratiqué le théâtre soit en amateurs, soit dans des cours ou des stages, mais il leur faut faire le pas des représentations régulières avec ce que cela comporte de quête intérieure, de volonté, de déceptions et de joies. Alors, comme toujours, on pense à Molière. Mais j’ai l’idée d’explorer cette partie de la vie de notre auteur national qui est très mal connue, sa jeunesse, son apprentissage. Ce qui colle évidemment avec la situation des nouvelles recrues. La trame est simple : deux jeunes comédiens d’aujourd’hui qui rêvent carrière et ont une passion particulière pour Molière, se retrouvent soudain en présence de leur héros et de sa compagne. Le temps est aboli et ils vont découvrir à mesure qu’avance le spectacle que leurs problèmes et ceux d’autrefois sont les mêmes. Certes pas les mêmes dangers, mais les mêmes préjugés, les mêmes blocages. Ils vont aussi découvrir « le public », ce qui fait très souvent défaut dans la formation habituelle des comédiens. Et pas n’importe quel public : celui des jeunes qui sont, comme les quatre nouveaux acteurs de la compagnie, en apprentissage, car je suis persuadé que l’on « devient » spectateur, que cela s’apprend. Cette cohérence m’enchante d’autant que l’apprentissage de l’écriture est aussi évoqué. Mais le plus important à mes yeux, c’est que ces jeunes gens qui sont dans l’ensemble d’origine modeste vont dignement gagner leur vie, une fois débarrassés du coup de pouce des emplois jeunes.
DISTRIBUTION : Molière : Guillaume BOUET / Madeleine : Isabelle POULAIN / La comédienne d’aujourd’hui : Amandine SAGNES / Le comédien d’aujourd’hui : Bruce TUMBARELLO puis Nicolas MARTY Scénographie : Jean-Paul Cathala Costumes : Laure Vézia
TITÔME ET L'OISEAU FLAMME (Jean-Paul Cathala)
Les médias ressassent le problème du chômage. Les enfants en entendent parler et hélas, très souvent le vivent chez eux. Une amie institutrice en maternelle, me parle de la difficulté à aborder ce drame avec les tout petits. L’enfant se sent toujours coupable de ce genre de situation : papa reste à la maison, ou maman, et semble très malheureux. Alors j’imagine une fable : cela se passe dans notre époque, mais l'imagination aidant, les éléments réalistes seront vite transformés en légende. Les parents de Titôme, notre héros, sont très pauvres. Un jour, Titôme, bien triste, erre par la campagne se demandant comment aider sa maman qui pleure souvent, son papa qui se retrouve sans travail. Au loin, claquent les fusils des chasseurs, quand soudain Titôme entend pleurer. En haut d'un grand arbre, il aperçoit une grosse boule rouge. C'est elle qui gémit. Après beaucoup de difficultés et de courage, il parvient à grimper à l'arbre et là, découvre avec stupeur un magnifique oiseau rouge dont une aile est blessée au point de ne pouvoir voler. Titôme décide aussitôt de le soigner. Il ramène l'oiseau chez lui et le guérit. Au moment de reprendre son envol l'oiseau lui dit : « Si un jour tu as besoin de moi, tu siffles ma mélodie et je serai là » L'hiver vient, terrible, avec ses tempêtes et le froid. La famille Titôme n'a même pas de quoi se chauffer. C'est alors que notre héros se souvient de l'oiseau fabuleux. Il siffle la mélodie apprise et voici que l'oiseau paraît. Titôme lui explique la situation, aussitôt l'oiseau se précipite dans la cheminée et des flammes surgissent, bien chaudes, vivaces... Ah, quelle reconnaissance de tous ! Mais l'oiseau va se consumer ! Pas du tout, au contraire, on dirait que les flammes sans cesse le font revivre. Et ainsi jusqu'au prochain printemps, où l'oiseau merveilleux de l'espoir et de l'échange reprendra son vol. Mais entre-temps toute la famille Titôme a repris courage. Le papa a retrouvé du travail et la maman ne pleure plus. Au contraire, tout le monde dans la maison chante. Pourquoi ne pas chanter avec eux et dessiner le bel oiseau de la chance ? Comme toujours, Philippe apporte au personnage sa touche particulière de fraîcheur savante et de légèreté sensible. Lui qui a reçu une bonne formation de marionnettiste, construit une belle marotte de Titôme. Le fils d’Antoine Marneur, Valentin, enregistre à la perfection la voix du petit bonhomme et Catherine Depont prête gentiment la sienne à la conteuse qui intervient de temps en temps.
DISTRIBUTION : Conteur : Philippe Audibert / Voix de la conteuse : Catherine Depont / Voix de Titôme : Valentin Marneur Costume : Laure Vézia Bande son : Pierre Margot