1991
LA TEMPÊTE (Shakespeare / Mise en français : Jean-Paul Cathala / Mise en scène : Mario Gonzalez)
On dit que le malheur ne vient jamais seul, et c’est vrai. Mario Gonzalez me téléphone de Paris, me disant qu’Alain Salomon va mourir. Lui aussi. Je cours au chevet de ce garçon qui a un sens chatouilleux de l’honneur. Nous ne nous étions que fort peu revus, mais je lui gardais une particulière tendresse. J’étais fier de son parcours. Lui aussi avait débuté grâce à notre compagnie. La dernière fois que je l’ai vu jouer c’est au Palais des Papes dans la Tempête mise en scène par Alfredo Arias. Avant de nous séparer, Alain fait promettre à Mario que nous travaillerons ensemble. Quand tout est fini, Mario viendra passer quelques jours chez moi, dans l’Aude. Nous marchons dans les garrigues. Le chagrin se tresse au vent d’Autan mais rien ne l’atténue. Alors nous parlons théâtre. Mario me rappelle la promesse faite et me propose de jouer Don Quichotte. Le côté pléonasme ne m’emballe pas. C’est alors que je lance : « Que penses-tu de La Tempête ? » Mario bloque, puis : « J’ai toujours rêvé de monter cette pièce. J’y pense depuis des années. Caliban c’est moi, tu comprends, ma mère est indienne. Les maîtres de l’île, ce sont les conquistadors. Je suis sûr que Shakespeare avait lu les textes de las Casas ». Cependant Mario pose un préalable, je dois adapter le texte car les traductions existantes n‘ont pas la rugosité subtile de l’original... Mais je ne sais que peu d’anglais et encore moins l’anglais de Shakespeare ! Alors, comme pour Sophocle je ferai une « mise en français » qui sera finalement très fidèle au texte du dramaturge et respectera les multiples jeux de mots tellement chers au grand Will. Et bien sûr je le dédierai à Alain. Nous nous battrons des mois pour trouver le financement de ce très lourd spectacle. Mario va réaliser une de ses plus brillantes mises en scène qui sera saluée par toute la presse autant dans les Festivals que quand nous jouerons à Paris. Alain avait eu raison. Je crois que Mario a passé de très bons moments avec nous et que nous avons contribué à adoucir sa tristesse. Jean Juillac, un ancien du Grenier de Toulouse, va réaliser avec son équipe le triple plateau tournant, un exploit technique. Laure Vézia et Sylvie Cavalié proposent des costumes entre classicisme et sources ethniques. En outre, vont nous rejoindre, choisis par Mario, de jeunes comédiens qui très vite deviendront des amis très chers et qui le sont restés : Guillaume Orsat, Sylvia Cordonnier, Philippe Château, Laurent Zizermann… Stéphane Metzger fait là ses tout débuts. Nous assurerons l’ouverture du Printemps des Comédiens, puis participerons aux festivals d’Avignon off mais brièvement, le temps de croiser Jacques Derlon, j’y reviendrai, puis Festival de Sarlat et d’Estagel et ensuite évidemment une première tournée.
DISTRIBUTION : Prospéro : Jean Paul Cathala / Miranda : Sylvia Cordonnier / Antonio : Marcel Gaubert / Sébastien : Philippe Château / Alonso : Pierre Fernandès / Ferdinand : Guillaume Orsat /  Gonzalo : Jean-Pierre Rigaud / Ariel : Pierre Margot / Caliban : Laurent Zizermann/ Le Maître d’équipage puis Stéphano : Noël Camos / Trinculo : Jean-Michel Ropers / Un matelot : Stéphane Metzger Assistanat : Joras Fischer Décor : Mario Gonzalèz Réalisé par : Jean Juillac et son équipe Costumes : Laure Vézia et Sylvie Cavalié
Y'A UN CLOWN SUR LA ROUTE (Jean-Michel Ropers)
Entre deux tournées de la Tempête, Jean-Michel Ropers veut approfondir son personnage du clown Frico. Le clown, par essence, est solitaire voire égocentrique (je parle du personnage et non de la personne) comme peut l’être un enfant. Il est capable de passer d’une joie absolue à la plus profonde tristesse en un quart de seconde. De la générosité à la cruauté sans aucun complexe. Le clown n’a ni passé, ni culture, il est, comme un animal non domesticable. Lorsque, dans son film, Fellini critique une certaine intellectualisation du clown, une emprise trop palpable de la psychanalyse, il a entièrement raison. Jean-Michel avait écrit quelques « entrées » de clown et il voulait tenter de les mettre bout à bout, d’en faire un spectacle. Ce fut une parfaite réussite. Cela rejoignait Grog dans ses bons moments. On était loin de certains clowns tourmentés qui relèvent davantage du théâtre (hors les clowns de Shakespeare qui sont des modèles) que de cet art très populaire proche du cirque.
DISTRIBUTION : Frico : Jean-Michel Ropers Régie : Jean-Philippe Dupré Décors : Jean-Baptiste Cleyet