LE JEU DE ROBINSON (Jean-Paul Cathala)
La municipalité de Tarbes, par l’intercession de René Trusses nous propose de nous installer dans cette ville. J'avance un programme très important dont cette critique acerbe de la  position de l'écrivain dans la société. La  presse est vite partagée. Nos choix étaient clairs. On  nous le reproche, à droite comme à gauche. Certains comme René Trusses, formidable animateur de la F.O.L. nous soutiennent totalement. En écrivant cette pièce, je pense souvent à “La Tempête” de Shakespeare. Comment n'a-t-on jamais songé à citer cette œuvre comme une des sources probables de Daniel Defoë ? Cette obsession de l’île chez les Anglais est tout à fait légitime après tout ! Comme ce pauvre Caliban (anagramme de Cannibale) ressemble à Vendredi ! Et comme la manie du pouvoir chez Robinson, rappelle celle de Prospéro ! Et oui, ces tempêtes par quoi commencent véritablement les deux œuvres, ont bien des choses en commun. La scénographie rejoint les "mansions" de ce Moyen-âge idéal, cher à Shakespeare, ce qui justifie la notion de "Jeu" que comporte le titre. De jeunes comédiens peuvent s'exercer là à divers types de travail théâtral. Ils ne s’emprivent pas. Nous rejoignent Philippe et Christine Dormoy, Joëlle Souptès, Claude Polycarpe. Tous quatre, qui débutaient, ont fait carrière de diverses façons. Ici se place une rencontre majeure. On me signale un groupe musical de lycéens tarbais très populaire, le groupe “Images”. Ils donnent un concert dans un vieux théâtre cinéma de la ville. La salle est comble d’adolescents survoltés. On fume en se cachant, on hurle, les musiciens entrent, timides, concentrés. Le concert commence. Ni rock, ni pop. C’est autre chose. De très personnel. Ils sont cinq. Je suis emballé. Je les joins, ils sont méfiants. Je leur présente la troupe, ils regardent ailleurs. Le théâtre c’est pas leur truc. J’avance l’idée d’une musique de scène. Ah, les yeux s’allument ! Nous convenons de quelques essais sur le thème de l’île et de Robinson. Très vite ils s’emballent et feront une superbe musique pour “Le jeu de Robinson”. Plus tard certains resteront avec nous très longtemps et feront un long chemin artistique : André Dion  qui est aujourd’hui un remarquable compositeur acousmatique et professeur de conservatoire. Marc Peyret qui se définit désormais comme “Imagineur” mais surtout scénographe. Jean-Michel Ropers, le plus « théâtreux » des trois qui a sa propre compagnie en Corse avec sa compagne chorégraphe Pat O’Bine. Mais j’aurai l’occasion de reparler d’eux, évidemment.
DISTRIBUTION : Christine Dormoy / Philippe  Dormoy / Claude Polycarpe / Jean-Pierre Rigaud / Joëlle Souptès. DÉCORS : Ahmed Bouanani et Jean-Paul Cathala COSTUMES : Naïma Bouanani. MUSIQUE : Groupe "Images".
Jusque-là, la compagnie fonctionnait en association. Nous décidons de passer en coopérative. La troupe devient le “Théâtre Coopérative de Tarbes” : le TCT. Ce fut une erreur grave. J’y reviendrai.
ILS EN RACONTAIENT DES HISTOIRES EN 1709 (Jean-Paul Cathala / Nouvelle mise en scéne)
DISTRIBUTION : Christine Dormoy / Joëlle Souptès / Jean-Paul Cathala / Philippe Dormoy /  Claude Polycarpe / Jean-Pierre Rigaud / Jean-Michel Ropers MUSIQUE : Marcel Gastelu.
L'EXCEPTION ET LA RÈGLE (Brecht / Mise en scène René Trusses)
Je l’ai dit, le programme Tarbes est très lourd. Il faut déléguer. Nous proposons à René Trusses de monter un Brecht : “L’Exception et la Règle” d’autant que vient de nous rejoindre un comédien idéal pour le rôle du marchand-prospecteur : Christian Ruché. Ses yeux très clairs pouvaient le faire paraître glacial ou lointain, alors qu’il était passionné et brûlant de chaleur humaine. Une de ses toutes premières préoccupations de théâtre : Brecht. Michel Coulet se charge du décor : une sorte de conque métallique qui résonne sous les pas martelants de l’épopée brechtienne. Tout est blanc dans un univers de métal. Une très belle partition scénique de René Trusses qui va déranger pas mal de monde. On ne peut souhaiter autre chose quand on monte Brecht. La tournée sera importante, tant en salle que sous chapiteau. Je me souviens de la fougue des discussions quand nous jouions pour les lycées.
DISTRIBUTION : LE MARCHAND : Christian Ruché / LE GUIDE : Philippe Dormoy / LE COOLIE et LE JUGE : Jean-Paul Cathala / LE TENANCIER : Jean-Michel Ropers / LES DEUX POLICIERS : Michel Coulet, Claude Polycarpe / LA VEUVE DU COOLIE : Christine Dormoy
DOM JUAN (Molière / Mise en scène Guy Demoy)
Nous proposons à Guy Demoy de monter Dom Juan. C’est une de ses pièces fétiches. Il imagine un plateau fait de courbes et, comme Trusses, un univers blanc. Toile de fond blanche, costumes dans des camaïeux de blanc. On sent l’homme de télévision quand celle-ci était en N. et B. Une sorte d’hommage aux grands réalisateurs de dramatiques des années cinquante / soixante. Dom Juan ne défie plus Dieu, mais interroge les désirs troubles, le rapport au père. Guy a l’idée de faire remplacer le père justement, par une parodie interprétée par Sganarelle. Je me souviens que nous avons réussi à le jouer dans le théâtre à l’italienne de Castres qui était plus ou moins condamné à disparaître au profit d’un grand magasin. Il y avait sur la scène d’immenses toiles ringardes d’église que nous avons utilisées. Avons-nous contribué à sauver ce théâtre en prouvant qu’on pouvait y jouer ? En tout cas la salle était comble et le théâtre ne s‘est pas écroulé.
DISTRIBUTION : Dom Juan : Jean-Paul Cathala / Sganarelle : Philippe Dormoy / Elvire : Christine Dormoy / Dom Carlos : Christian Ruché / Dom Alonse : Claude Polycarpe / Charlotte : Joëlle Souptès / Mathurine : Lisbeth Bernadou / Pierrot : Jean-Pierre Rigaud / Monsieur Dimanche : Jean-Michel Ropers
Après cette production très lourde que nous aurons à peine le temps de tourner, des dissensions se font jour : Christian Ruché, Philippe Dormoy et Joëlle Souptès se retrouvent dans un théâtre plus confortable et plus grassement subventionné chez Maurice Yendt à Lyon. Quant à Christine Dormoy elle nous quitte mais pour d’autres raisons qui lui appartiennent.
YANNIS RÍTSOS (Avec la compagnie des Tréteaux)
1977
C’est alors que René Trusses nous propose un montage de poèmes de Yánnis Rítsos. René avait déjà superbement monté du poète grec : “La Sonate au Clair de Lune”. Puis, après une correspondance avec le poète ou un voyage en Grèce, je ne me souviens plus exactement, il a obtenu la publication par Avant- Quart d’un chef d’œuvre : “Le Dernier et le Premier de Lidice”. Plus tard, grâce au traducteur de Rítsos, Gérard Pierrat, nous publierons un second volume de poèmes de cet immense poète : “Les négatifs du silence”. En outre nous mettons sur pied une exposition autour de Yannis Rítsos que nous porterons avec notre chapiteau, à la fête de l’Huma.
DOMINO ET LA TERRE VERTE (Mario Fernandez)
Pour les tout-petits. Écologique et prémonitoire. À cette époque l’écologie était une sorte de gros mot. Que Mario ne m’en veuille pas, mais je ne retrouve aucune trace de ce travail.